07 septembre 2006

Lettre ouverte à un gazier

Nous avons eu l'occasion à plusieurs reprises d'évoquer l'avenir d'EDF et GDF. Tu te souviens certainement encore de la plaque démontée à Bailleul avec laquelle j'étais parti pour la renvoyer au Directeur Régional...

Je voulais par la présente lettre te faire part de mon sentiment sur ce qui se passe actuellement pour GDF et le projet de fusion Suez-GDF. Si tu le souhaites, tu pourras en faire part à tes collègues.

Je suis profondément opposé à ce projet de fusion pour 4 raisons essentielles :

Tout d'abord une raison de forme essentielle à mes yeux. Le gouvernement, par la voix de Nicolas SARKOSY, avait promis il y a deux ans que l’Etat conserverait au moins 70% du capital de GDF et il revient aujourd’hui sur ses engagements. Au-delà de l'impact sur le dossier, cela va encore donner une image supplémentaire qu'on ne peut avoir confiance dans les politiques. C'est inadmissible !

Du point de vue économique, la fusion Suez-GDF va créer un monopole de l’électricité et du Gaz en Belgique et un quasi-monopole du Gaz en en France. La Commission européenne explique que cette situation conduirait, à terme, à une hausse des prix. Du coup, Bruxelles va certainement demander une cession d’actifs en France et en Belgique, ce qui va changer la parité de valeurs entre les deux entreprises et risque de remettre en cause la position des actionnaires de Suez. Par ailleurs, le Parlement est appelé à délibérer alors que la Commission européenne ne donnera sa décision sur la fusion que fin octobre-début novembre.

Concernant la sécurité des approvisionnements, l’Etat devrait conserver la majorité du capital de GDF car le marché de l’énergie est en déséquilibre durable du fait de l’instabilité politique au Moyen-Orient, de la pénurie à venir de pétrole et de l’évolution de l’opinion publique sur le nucléaire.

Enfin, la méthode de Dominique de Villepin est pour le moins criticable : il n’y a eu aucune concertation avec les partenaires sociaux pas plus qu’avec nos partenaires italiens, belges et la Commission européenne. Cette décision résulte d'une improvisation, décidant la fusion quelques jours après l’annonce de l’OPA d’Enel sur Suez. Le gouvernement a ainsi mené une politique purement nationale et semble maintenant découvrir qu’il appartient à un espace européen.

Quant à l’attitude du PS et du PC qui accentuent la dégradation de l’image du Parlement en déposant plusieurs centaines de milliers d’amendements, cela risque d'être contre-productif. En effet, cette obstruction parlementaire va permettre au gouvernement de justifier l’utilisation du 49-3. Le gouvernement et la gauche font en sorte qu’il n’y ait pas un vrai débat. La démocratie risque finalement de ne pas être respectée.

Restant à ta disposition pour en discuter d'avantage...

Cordialement,

Dominique HALLYNCK
Conseiller Général du Nord
Maire de Saint-Jans-Cappel

Les commentaires sont fermés.